Crépue et fière de l’être !

Décris-moi ta chevelure et je te dirai qui tu es. Coiffée de sa belle identité crépue et de sa confiance en elle, notre Audacieuse Ghana arbore un style qui décoiffe. Ses bouclettes serrées lui dessinent une couronne naturelle sur la tête, elles jaillissent entre des épingles soigneusement disposées comme autant de saillies de sa personnalité ! Femme de convictions, Ghana est des cheveux crépus et frisés une ambassadrice déterminée. Ce mois-ci, la Team Caracole a rencontré une audacieuse, un combat et une conviction. Étudiante en droit, elle intègre l’Incubateur de l’Université Lyon 3 qui forme de jeunes entrepreneurs pour défendre ses idées et satisfaire son besoin de concret face à un parcours trop théorique. «  Quand j’étais petite, aidée par ma grand-mère, je fabriquais des cosmétiques pour les cheveux avec l’hibiscus et l’aloe vera que je cueillais dans son jardin ! J’adorais fabriquer plein de petites choses et jouer à la vendeuse. » Entre la Ghana des amphithéâtres et la Ghana créative, le coeur de notre étudiante-entrepreneuse balance et penche du côté de ce qui la concerne le plus intimement : l’affirmation de son identité capillaire. Élevée dans une famille où les femmes se font belles et élégantes en toutes circonstances, Ghana s’est passionnée pour la coiffure. Cette passion, son esprit inventif et son désir de répondre aux besoins de ses paires, l’amènent naturellement à poursuivre aujourd’hui un combat et un rêve ; Ghana veut révéler leur beauté naturelle aux femmes qui masquent leurs cheveux crépus ou frisés. « Quand ma mère a arrêté de me coiffer, je n’ai plus su comment porter mes cheveux crépus. J’ai cherché mon style, et j’ai réalisé qu’ils étaient un cadeau, une richesse. » Pour toutes celles qui ne se sentent pas à l’aise avec leurs cheveux frisés serrés, qui n’osent pas les arborer au naturel ou qui ne savent pas comment les dompter, Ghana créé Les Ateliers Crépus, une marque de cosmétiques naturels !

« Dans le métro, j’ai vu que les femmes afro-descendantes portent des extensions capillaires ou les défrisent. Les salons de coiffure ne s’occupent pas des cheveux crépus, et ces femmes n’y vont pas sereines. Je veux leur apporter des soins, du bien-être, et de la sérénité. » Face aux produits nocifs vendus dans les grandes surfaces, Ghana veut donner à toute cette communauté une solution tangible et saine. « Je veux qu’elles touchent leurs cheveux », insiste-t-elle avec force. Trop souvent lors d’entretiens d’embauche, les cheveux crépus sont dénigrés par les employeurs qui les croient trop négligés, qui les trouvent trop volumineux, qui les déclarent trop peu sérieux. Tu t’indignes, lectrice, lecteur ? Nous aussi. Pour notre future dirigeante d’entreprise, il y a donc un engagement en faveur de la tolérance qui va au-delà de l’esthétique, mais sa sensibilité et son projet gardent aussi en ligne directrice une certitude toute simple, qu’elle n’hésite pas à répéter : « Elles sont belles comme ça. » Les femmes qui se rassemblent autour de Ghana se ressemblent et veulent partager leur ressemblance ensemble. Les ateliers de notre Audacieuse leur proposent  des produits de soin adaptés et des coiffures à réaliser sur leurs cheveux, comme des artistes qui pour palettes auraient des bouclettes et pour pinceaux des ciseaux. Autant de voeux de se trouver que de cheveux à explorer peuplent le monde de Ghana ! A la préparation et à la présentation, elle ne pense pourtant pas sortir du lot : « je n’ai pas l’impression de faire un truc de fou ! Je pense qu’il ne faut pas trop réfléchir, qu’il faut tester son projet, s’entourer des bonnes personnes. » Modeste donc, elle a tout d’une super-héroïne de la cause afro-féminine, jusqu’à la devise… « Tant que le problème existera, les Ateliers Crépus existeront ! »

Les sonorités martelées du verbe « entreprendre » semblent en parfait accord avec le rythme de vie que cette jeune femme qui vibre au son de l’action a choisi. « Je pense que tous ceux qui entreprennent le font par conviction. Je sais que j’aurais entrepris, quoiqu’il arrive ». Elle dirige son entreprise comme elle respire, et nul doute que dans l’air de ses poumons se trouve plus encore de convictions que de CO2, car Ghana campe solidement sur les positions qui lui tiennent à coeur ! Elle déclare, sans hésiter : « Je ne cache jamais mes cheveux ». Un bel exemple pour ses clientes, qui semble le rebond d’un autre. En effet, si Ghana n’a pas froid aux yeux, ce n’est pas par hasard : « ma mère est mon coach, elle me donne les clefs. Aujourd’hui, je me suis développée en continuité avec ce que ma mère m’a véhiculé depuis toujours : aie l’Audace ! » Pourtant, Ghana n’est pas toujours sûre d’elle et sans doute. Au fil de notre conversation, on comprend qu’elle se pose des questions sur son engagement, sur sa situation, tout en accueillant les opportunités avec spontanéité et plaisir. Timide parfois, elle regrette de n’être pas très à l’aise en public, mais elle refuse de se dégonfler : quand faut y aller, faut y aller. Elle nous avoue poivrer son intrépidité et son optimiste avec un soupçon d’étourderie ! Tête en l’air, elle se félicite d’avoir de plus en plus de responsabilités. « L’entreprenariat m’a permis de réaliser des enjeux, d’avoir davantage la tête sur les épaules ! » Ghana court après l’expérience, elle ne veut pas attendre les années pour se faire une place dans le monde de ses aînés. Son objectif : avancer.

A la perspective de baisser les bras, Ghana répond un « non » sans appel. Sa route, sans aucun doute, n’est pas un slalom. C’est une ligne droite, et elle la suit à toute allure dans un quatre-roues sur mesure : « je suis persuadée que s’amuser, lâcher prise, être positif et travailler sont les clefs qui mènent à tout. » En année de césure, elle n’hésite pas à se consacrer pleinement à son projet et à lui accorder tout le temps nécessaire. Je lui demande de définir l’Audace, et elle me répond droit dans les yeux : « c’est la capacité à se libérer des croyances qui peuvent nous freiner et à surmonter les obstacles de la vie ». Il n’est pas de mur trop haut pour notre combattante des cheveux européo-normés. Elle fonce avec pour bouclier un conseil qu’elle n’a jamais oublié « teste » et des principes qu’elle n’est pas prête de lâcher. Quand on lui propose d’élargir sa gamme pour des cheveux européens afin de toucher une cible plus vaste, elle fronce le sourcil ! Sa tâche tient en deux mots « crépus et frisés », et sa plus belle récompense tient en la réaction des femmes qu’elle rencontre. « Lors de notre dernier atelier, j’ai ressenti qu’elles étaient réceptives, détendues. Pour moi, ça vaut tous les compliments du monde. » Ghana veut réussir à enfin réconcilier les femmes noires et métisses avec leurs cheveux crépus au naturel.

Le regard tourné vers l’avenir, cette créative insatiable s’épanouit grâce à ses ateliers, car elle y trouve des objectifs et des acquis. « Les Ateliers crépus me permettent d’expérimenter plusieurs domaines, d’acquérir plein de compétences. J’ai la chance d’avoir entrepris tôt, et j’espère que ce sera un atout pour moi plus tard. » Consciente de sa valeur et du plus-value de cette expérience, Ghana a les pieds sur terre mais ne s’empêche pas de rêver haut et grand ! A court terme, elle souhaite créer une boutique en ligne qui permettra aux femmes qui ne peuvent se rendre à ses ateliers de se procurer ses soins. Ensuite, pourquoi pas une boutique éphémère, en France… ou ailleurs ? L’horizon qui se dessine dans son esprit traverse la mer, c’est l’Afrique, où elle trouvera toute une population de femmes noires ou métisses qui elles aussi subissent la pression de la norme des cheveux lisses. Ghana est prête pour une aventure qui commence tout juste, qu’elle veut emmener loin, et que nous suivrons avec plaisir ! « J’ai du temps, de l’envie, et personne ne me force à le faire. Alors pourquoi ça s’arrêterait ? »