L’audace est dans la boîte !

« Clic ! ». C’est le déclic. La Team a flashé sur un duo sans filtre et sans hic. Pour deux travailleurs de la lumière et de la gestique, j’ouvrirai le portrait et conclurai ma rime sur ce mot : atypique. Laure et Jordan partagent l’amour de l’image et de la beauté qu’ils dénichent en toute chose. Ils peignent des corps par le prisme de la photo, dans le studio qu’ils déploient pour leurs modèles au coeur de leur appartement. C’est là que nous les avons rencontrés pour leur tirer le portrait. Alors que Laure s’est formée aux techniques du 7e et du 8e art grâce à un cursus de trois ans en école de cinéma à Nîmes et à Lyon, Jordan a choisi d’observer la pratique de ses « mentors » et de trouver par lui-même son approche esthétique. D’un revers de la main, il rejette les études académiques pour leur préférer l’autonomie et l’école de la vie : « je suis intéressé par les entrailles de la société, les mécanismes cachés, et l’humain. » C’est sur la scène de Lyon, « plaque tournante, riche et diverse », qu’ils se rencontrent. Après deux ans au conservatoire de théâtre, Jordan découvre l’aspect thérapeutique de la mise en scène de soi. Il décide alors de se tourner vers la photographie et de s’en servir comme d’un outil pour réconcilier des personnes avec leur image « Comme le théâtre, la photographie est un art du vivant. Le modèle, dans son expérience de pose, est semblable à l’acteur. En étant attentif à son expérience et au ressenti qui s’en dégage, il découvre de nouvelles facettes de lui-même. » Jordan cherche et trouve alors une autre photographe qui lui propose de l’accompagner dans un premier projet de nu artistique : Laure. De son côté, elle voit là l’opportunité de « mettre en valeur des tabous en les idéalisant à la manière d’une peinture, comme s’il n’y avait pas tabou. » Attentive au travail de l’image et à la retouche, cette as de l’optique perfectionniste se façonne depuis toujours un univers visuel complexe pour parvenir à réaliser son rêve de petite-fille : « être réalisatrice, c’est l’objectif et la passion de toute ma vie. En travaillant l’image par la photographie, je travaille aussi l’image pour le cinéma. » Pour Laure comme pour Jordan, la photographie fait un zoom sur le mouvement qu’elle capte et qui l’anime.

« Chaque modèle a une histoire, des expressions vivantes qui lui sont propres. Ce sont bien plus des acteurs que des porte-manteaux. » Pour obtenir une image qui frappe, un sourire qui fait des ravages, une émotion brute ou un regard serein et intense, Laure peaufine le grain et joue avec les pixels tandis que Jordan propose un exercice de détente sophro qui purifie l’esprit de son sel. « On a tous une image de nous-mêmes, et dans cette société où l’image est omniprésence, cela peut être une violence. La sophrologie permet au modèle de se reconnecter à son existence intérieure pour se déconnecter de l’extérieur. » Celui qui ne connait que le monde de la photographie de mode « simple et fade » le saura donc : Laure et Jordan veulent mettre à l’aise leurs modèles avant de les plonger dans un monde artistique spirituel par-delà les codes de la société. Aidés de leur maquilleuse Charline, ils construisent une atmosphère tout en musique, dans une ambiance détendue, avant de faire le focus pour le shooting. Ami lecteur, passe avec nous la porte du rez-de-chaussée et rencontre un chaman, un roi mythique, des beautés étranges et hautes en couleurs, un laboratoire de savant fou, et bien d’autres créatures issues de l’imaginaire celtique. « Nous voulons créer une ambiance sortie d’un rêve. Ce côté mystique, mystérieux, il nous intrigue. » Un mot leur vient : énergie. C’est sur l’énergie intime de ceux qui se prêtent à leur objectif qu’ils veulent faire le net. Leur réalité physique mais aussi spirituelle transparait dans l’image. « Avec de la matière concrète, on crée de l’irréel. La lumière dans la photo traduit une spiritualité », nous explique Laure avant que Jordan ne renchérisse « et c’est grâce à cette spiritualité que le modèle se reconnecte à lui-même. » A cette double dimension spirituelle et sensorielle s’ajoute une approche ouverte du beau. L’appareil photo de nos deux audacieux n’est pas très canon, mais préfère les beautés sans stéréotypes. Son oeil se pose sur tout : « un vieil homme est aussi une beauté, car ses rides sont un signe de sagesse et d’expérience. Par la mise en scène, on met en valeur cette beauté », affirme Laure. En sublimant des scènes d’amour homosexuel ou des nus pulpeux, ils tentent tous deux de montrer des tabous sans provocation pour faire évoluer les mentalités, transmettre leur sensibilité au monde, et aider chacun à s’accepter. « En aidant quelqu’un à prendre conscience de sa beauté, on commence un processus de transmission de la confiance en soi. »

Pour nos Audacieux, il est primordial dans la vie de « construire ensemble et s’aider avec nos compétences » . C’est sans doute de cette croyance joyeuse et déterminée en l’entraide, notamment dans le milieu artistique, qu’est née leur collaboration. Eux qui se disent « opposés complémentaires » savent en effet mettre le doigt sur leurs qualités respectives : à la technique, j’appelle Laure, et au laboratoire photographique, j’appelle Jordan. Si chacun d’eux aime tester de nouvelles idées à travers des portraits de l’autre, Jordan défend par ailleurs une créativité au sens « innocent » du terme. « Je crée à partir de rien parce que je ne sais rien. » Ces approches différentes se retrouvent jusque dans leurs inspirations, puisque Laure admire des pros de la retouche qu’elle qualifie sans cacher son enthousiasme de véritables « peintres de la photographie » alors que Jordan… n’a pas de référence ! Ou plutôt, il considère que l’inspiration est partout : « me promener dans la rue m’inspire, regarder un bébé m’inspire, etc. » Mais si leurs méthodes convergent tout de même lors d’une étape, c’est bien dans la préparation du studio, qu’ils veulent méticuleusement prêt à recevoir leur modèle. Appareil en position, éclairages en place, fond déployé : tout y est pour un standing qui ne doit surtout pas « faire sur le pouce ». Cette exigence, Laure l’a apprise de ses grand-parents, dont elle énonce un conseil qu’elle n’a jamais oublié : « travaille ta réputation et ta réputation travaillera pour toi. »

Demande-leur s’ils ont le sentiment de sacrifier une part de leur temps ou de leurs rêves pour mener à bien leurs ambitions photographiques et cinématographiques, et il répliqueront comme on dégaine un reflex : pas du tout ! Au contraire, Jordan affirme qu’il a « la sensation d’avoir fait beaucoup plus de sacrifices en temps et en espoirs en travaillant dans des boîtes que je n’aimais pas que dans la photo. » Ils me donnent ensuite une définition de l’Audace qui semble découler naturellement du cheminement de notre conversation, de sorte que je me demande s’ils répondent à ma question « qu’est-ce que l’Audace pour vous ? » ou s’ils continuent de m’expliquer leurs convictions artistiques : « ne pas avoir peur d’être soi et assumer ce qu’on a envie de dire même si ce n’est pas conventionnel. Croire en sa bizarrerie et la défendre. » Ainsi, Jordan s’est résolu à ne pas trop écouter son entourage, même pétri de bonnes intentions, lorsque ce dernier met en doute leur réussite dans leurs projets. Il cite Coluche, Audacieux parmi les Audacieux, alors que ce dernier se moque d’un professeur : « il vend de l’intelligence alors qu’il n’en a même pas un échantillon. », avant de rebondir sur cette citation : « pour aider les autres, il faut s’aider soi-même ». La boucle est bouclée et Jordan atterrit sur son trépied, celui qui dicte sa pensée. Au lieu d’être tourné vers l’extérieur et les remarques qui en viennent, il faut se tourner vers soi et vers ses convictions. Avec un peu de chance, on ressortira de soi en se disant qu’on a jamais vécu ça. Oui, lecteur, si tu veux faire plaisir à Laure et à Jordan, voilà bien ce que tu peux leur dire. « Je n’ai jamais vécu ça. »

Ce qui les attend maintenant est justement du pur inédit, puisqu’ils se préparent pour le tournage du plus long métrage qu’ils aient jamais réalisé. Il durera une vingtaine de minutes mais leur a déjà demandé deux ans de travail. « C’est bien plus difficile que de prendre une photo ! On n’est pas dépendant que de soi, et tout doit être millimétré et parfaitement organisé. » Après avoir réalisé de son côté deux court-métrages, Laure est parée pour ce nouveau challenge. « L’équipe est prête, le scénario aussi, et notre attaché de presse recherche une actrice. Ne reste plus qu’à conclure des partenariats avec des boîtes de production. » Tu es intrigué par ce film ? Heureusement, Caracole People est là pour te teaser ce futur chef d’oeuvre en exclusivité : ce sera l’histoire d’une jeune femme traumatisée par la perte de son amant. Elle se perdra dans une forêt mystérieuse, et au fur et à mesure que ses pas avanceront dans les profondeurs de la nature, l’atmosphère deviendra de plus en plus étrange.
Alors, elle rencontrera un chaman qui lui fera vivre une expérience spirituelle intense.
Sa vision du monde en sera bouleversée à jamais.
Sortie prévue dans un an et demi.
C’est sur ce suspens que je clos ce portrait, bien que pour Laure et Jordan ce soit loin d’être la fin, car comme l’audacieuse le dit si bien « tant qu’il y aura de la vie, il y aura de l’art. »