L’Audace étincelle avec Gabrielle

Née d’une mère philippine et d’un père lyonnais, Gabrielle grandit en Asie et son berceau culturel balance entre le pays du soleil levant et l’Europe. Enfant à la fibre créative, elle aime composer quelques vers aux hasards des journées, et flâner dans les boutiques vintages. « Ma mère adore la mode. Depuis mes quatorze ans, je lui emprunte des vêtements et elle m’apprend à bien’mix and match’, c’est-à-dire à bien assortir les pièces. » Pas de chichis, elles chinent en Chine : si c’est pas chic ! Depuis toujours, Gabrielle admire l’histoire qui se cache derrière un vêtement. « La mode est éternelle, elle est ‘vintage’ ». C’est pourquoi elle souhaite créer une entreprise qui soit liée à son goût pour la mode et à sa sensibilité humanitaire. Elle nous raconte l’une de ses premières expériences caritatives : « au lycée, j’ai fait partie d’une association qui s’appelle Habitat for humanity, ou l’on construit des maisons dans des villes sous developpées à travers le monde . » Elle choisit finalement Lyon pour poursuivre ses études en intégrant une école de commerce, parcours développement durable, après un bref passage dans l’hôtellerie. Gabrielle, qui a hérité de sa mère et de sa grand-mère un vif intérêt pour le stylisme et pour la qualité des tissus, met de l’argent de côté afin de pouvoir fonder sa marque de vêtements Bonfire Vintage, qui voit le jour à la fin de l’été 2017 en parallèle de ses études. En un an, elle a déjà vu défiler sous sa paire de ciseaux mille et un échantillons de sa matière favorite : le jean, mais recyclé s’il vous plait !

« You’re the spark to my bonfire heart »… De cette douce métaphore de James Blunt, Gabrielle fait son refrain. Bonfire Vintage, un nom qui rappelle à notre modiste les joies du feu de camp entre amis, l’envie de partir à l’aventure. « Pour moi, l’étincelle est une image des personnes qui croisent notre route et qui font petit à petit brûler le feu de notre vie. », nous confie-t-elle, un sourire un peu confus sur les lèvres. Monter une start-up, c’est avoir l’Audace de s’éloigner de la grand-route pour emprunter des chemins plus sinueux, et plus intimes… qui croisent souvent ceux d’autres aventuriers du travail. « J’ai découvert que les gens s’aident vraiment, même quand il n’y a pas forcément d’argent sur la table. » Gabrielle peut compter sur son entourage pour lui donner les pantalons, vestes ou vêtements en jean divers qui trainent et s’ennuient au fond des placards. Son concept mode : travailler le jean recyclé pour créer des vestes costumisées. « J’aime à la fois l’élégance simple du vintage, et le moderne. Parfois, j’essaye d’imaginer des icônes comme Audrey Hepburn porter des motifs, des roses. La rose est l’emblème de ma marque, j’adore cette fleur. » Quand notre fée du jean retrousse les manches, ce n’est pas pour chantonner des salagadou ! Munie de fils et d’aiguilles, de pinceaux et de peinture, elle brode, tisse, découpe, dessine, invente une toute nouvelle personnalité à la pièce de vêtement qu’elle a récupérée. « C’est la mode équitable. » Collectionneuse de pièces détachées, elle les réinvente en pièces uniques pour des personnes uniques en leur genre. Point de laine, et point de moutons : on ne suit pas la mode, on la crée. Le jean, c’est un intemporel que tout le monde a chez soi, qui s’accorde avec tout, qui met tout le monde en valeur, et tout le monde d’accord. Tout le monde, sauf la planète. Lecteur, sache que ton pantalon en jean est la pièce de vêtement de ta garde-robe qui a le plus plus pollué ta Terre adorée. « En Asie, certains villages n’ont plus d’eau potable parce que leur source a été polluée par l’industrie du jean. » Pour Gabrielle, avertie de ce désastre écologique et social depuis son plus jeune âge, cette situation ne peut plus durer. Partagée entre son amour du jean et son désir d’en réduire les impacts nocifs sur des vies humaines, elle décide de sensibiliser toute sa clientèle. « Certains préfèrent acheter une nouvelle veste puis me la donner pour que je la costumise, mais c’est contre mes valeurs ! Il faut recycler. » Déterminée, notre militante de la cause écologique n’est pas prête à faire des concessions, même lorsqu’elles semblent économiquement plus judicieuses pour son entreprise. « Je ne souhaite pas fabriquer des vestes en cuir, car c’est contre mon éthique. »

Chez Gabrielle, je veux l’écologie : « je fais moi-même mes cosmétiques, mon liquide vaisselle, mes soins pour les cheveux. Il suffit de se lancer. » Chez Gabrielle, je veux la philanthropie : « lors de la fête de la femme en mars, j’ai donné trois euros à Gynécologie sans frontière pour chaque veste vendue. » Mais plus que tout, chez Gabrielle, je veux la modestie. « Je suis timide à l’oral, et comme ma langue maternelle est l’anglais, je ne parle pas encore parfaitement le français. Je dois m’entraîner. » A noter que cette discrète plurilingue parle couramment le mandarin, qu’elle intègre aux motifs de ses vestes. Sa culture plurielle, qui pare joliment ses habits, a été pour elle une source de difficulté dans ses choix esthétiques : « entre l’Asie et l’Europe, j’ai eu du mal à me trouver. » Courage Gabrielle, nous sommes certains que tu gagneras confiance en toi. En tous cas, la confiance en Bonfire Vintage ne manque pas. Déterminée, Gabrielle est à l’affut des opportunités. Entre les vernissages, la Paris Fashion Week où elle a rencontré un vrai succès et les shootings photos avec des professionnels de la mode, elle enchaine les expériences sans se ménager. « J’ai fait l’aller-retour Paris-Lyon en bus pour récupérer mes vestes juste pour un shooting avec un photographe qui a trois millions d’abonnés sur instagram. » Lancée sur la voie de la mode et de l’entreprenariat, elle refuse de freiner malgré les conseils de certains professeurs, car elle n’a qu’une idée : se développer. Ne pas remettre à plus tard ce que tu peux faire tout de suite.

« Plein de gens ont essayé de me décourager, en affirmant que parce que je n’ai pas fait d’école de mode, je ne percerai jamais. J’ai l’impression que c’est un milieu très fermé. » Loin de s’émouvoir du mauvais esprit des requins, Gabrielle vogue audacieusement sur les vagues de la tendance. Ce qui lui manque, ce n’est pas le savoir-faire, ni l’envie. C’est le temps. Difficile pour une créatrice de compter ses heures de travail, quand l’inspiration surgit au moment où on croit ne plus y penser. Entre les cours et l’entreprise, elle se perd un peu, la tête parfois sous l’eau. « Au premier semestre, je me suis consacrée aux vestes, mais je n’ai pas eu de très bonnes notes. Au second semestre, c’est l’inverse, j’ai du mal à finir mes commandes à temps. » D’aucuns pensent que le projet de Gabrielle n’est pas rentable, qu’elle investit trop de temps pour trop peu de marge. Pour eux, difficile de comprendre son refus d’un stage bien rémunéré chez Hermès au profit de « quelque chose qui ne paye pas ». Mais elle a un rêve, et elle ne baisse pas les bras ! Peu à peu, elle trouve sa niche, parmi des publics variés, geeks et branchés, jeunes et moins jeunes. « Je voudrais des mannequins de tous les types. » Eh bien, on entend dire que quatre start-ups sur cinq échouent ? Fi des chiffres rabat-joie, ce ne sera pas son cas. Parfois, il faut faire abstraction de ce que peut bien marmonner la société, et se demander : que penserai-je de moi dans cinq ans si je ne tente pas ma chance ? « Mon copain me soutient beaucoup, tout comme ma famille, même si elle a un peu peur. Mais est-ce que pour la sécurité, je serais prête à renoncer à ce qui me plait ? Je ne veux pas faire taire mes idées pour coller à la norme. » Pour Gabrielle, le travail doit être accompli dans le respect de ses valeurs et de celles des autres. Avec un projet comme celui-ci, on comprend qui est fiable et qui ne l’est pas. A la fin de la journée, elle doit n’avoir rien à reprocher à son reflet dans le miroir.

Chaque matin, Gabrielle s’accorde un instant zen avec quelques mouvements de yoga pour envisager l’avenir sereinement. Dans quelques jours, elle partira trois mois à Hong Kong pour un stage en design dans une agence de publicité. Son objectif à court terme est de réussir à s’organiser pour finir toutes ses commandes à temps. Et à long terme, qui sait, employer une couturière pour l’aider à réaliser ses inventions… Toute la Team espère voir ces projets se réaliser : alors fonce Gabrielle, et à bientôt…