Que l’Audace soit, avec Nicolas.

Chez Caracole, nous aimons jouer avec les mots, et sommes friands de ceux qui jouent avec le feu : nos Audacieux. Dis-moi, valeureux lecteur, aurais-tu peur du noir ? Si oui, pas d’inquiétude ! Notre rencontre du mois, Nicolas, est là pour toi. Moins allumé qu’illuminé, ce bricoleur rêveur qui brûlait depuis toujours de renouveler le bâtit de sa ville fait finalement danser Lyon sous les feux de ses projecteurs… Pendant un cycle d’études d’architecture où il a l’impression de tourner en rond, il n’a de cesse d’expérimenter des processus de création de son côté, et forme un collectif avec un ami, Damien Roche : « j’avais envie de dessiner, de construire, de trouver de nouvelles choses. On a monté un collectif et on a commencé à créer de petites scénographies dans les garages de l’école. » L’architecture est trop figée et la formation trop lente pour cet esprit toujours en mouvement, ainsi se tourne-t-il en parallèle de ses études classiques vers celle qui file toujours plus vite que son ombre : la lumière. « L’architecture est immuable. La lumière permet de rendre cette longue temporalité plus dynamique, de créer de l’animation dans la fixité. » Nicolas gravit deux à deux les marches de la nouveauté : créer, chercher, adapter, telle est sa devise. L’architecture bornée, il en a soupé ! Ce qu’il faut, c’est innover : il creuse dans les fondements de son apprentissage pour trouver de la flexibilité.

Parlez-lui des Lumières de la ville, et Nicolas fera des étincelles. « L’architecture est peut-être immuable, mais l’éphémère est nécessaire pour le viable à long terme. C’est un peu paradoxal ! » Le collectif fondé par Nicolas a bien grandi depuis ses dernières classes. Avec « RDV », l’éphémère est toujours au rendez-vous. Les projets d’événementiel de Nicolas, Damien, Alban, Arnaud et Arthur réunissent concepteurs et spectateurs dans une large expérience commune. Les quatre têtes du collectif travaillent main dans la main. Chacun possède ses propres outils, de sorte qu’ensemble, ils se complètent bien. Parfois, Nicolas aime être de la boîte le cerveau et le crayon, et faire d’un projet le dessein et le dessin ! Lecteur amateur des festivités nocturnes, tu as peut-être croisé son installation Kontakt à la Fête des Lumières opus 2018. « La Fête des Lumières est un véritable laboratoire », explique Nicolas, qui trouve en elle toutes les qualités d’un musée sans murs et ouvert sur le monde. Le monde qu’il projette est un univers pour curieux qui aiment le jeu, abstrait, minimal, et qui propose l’expérience d’un espace changeant. « Sur un même lieu, un même m2, on peut donner mille ambiances différentes. La Lumière est un outil, et une porte d’entrée. » Cette porte s’ouvre sur des chemins inexplorés, hors des sentiers battus dont on nous rebat les oreilles. « J’ai besoin de dépasser mes limites, d’être dynamique », ajoute Nicolas avec conviction, avant de confier qu’il est tout de même parfois bien agréable de se reposer un peu sur les lauriers d’un projet, quand « c’est fini ».

Notre architecte de la lumière trace son chemin dans le monde professionnel d’une main aussi incisive que sur le papier. « Quand j’ai une idée en tête, je veux y aller, créer en instantané et librement. Même si le regard des autres peut aussi donner une autre liberté ! » Fonceur, peut-être, mais raisonné. Nicolas est avant tout un stratège, et mesure ses risques comme ses plans. Ambitieux, il n’est pas l’imbécile qui regarde le doigt, mais celui qui le pointe. Il se défend d’avoir des regrets. « Cela me dérangerait de me focaliser sur le passé. Les moments difficiles sont toujours liés à un manque de visibilité. C’est pour cela qu’il faut regarder vers l’avant. » S’il est définitivement un mot dont il n’est pas avare, c’est bien le fameux « potentiel ». Il n’a de cesse de réinventer ses compétences à chaque nouveau projet. « Ma plus grande réussite, c’est le potentiel que j’ai actuellement. J’ai parcouru du chemin ! » Depuis sa première installation en 2014, il a appris à anticiper, faciliter, modifier, associer la tête et la main : il a conquis son autonomie. Bigarré, il ne saurait se dire davantage penseur ou bricoleur, « je serais triste si je n’avais que l’un ou l’autre. Je trouve énormément de satisfaction dans tout ce que je fais ».

Si Nicolas parfois blêmit, c’est bien face à la page blanche. Effet caméléon, me dis-tu, lecteur ? Naturellement, puisque son maître mot est « adaptation ». Le doute de celui qui ose n’est pas un obstacle, c’est une phase d’aventure fertile. L’idée surgit au détour des spires de l’imagination, soudaine, et il suffit alors d’en tirer tous les petits fils, et de les tresser pour les connecter. « Il y a les idées qu’on cherche, et celles qui nous tombent dessus, quand on passe devant une pile de tuiles apparement insignifiante dans la rue… » Une résistance ? Je ne doute pas qu’un jour Nicolas s’exclama « que la Lumière soit » devant un prototype… Et que la Lumière fut ! Notre audacieux se dit dorénavant en rythme de croisière, mais ne paresse pas pour autant. Avec des plans pleins la tête, il se sent animé par une énergie sans cesse renouvelée. Il nous parle de notre grande Dame et amie l’Audace : « je crois qu’il n’y a pas d’Audace sans rêves. Puis il faut se demander jusqu’où on est prêt à les poursuivre. Si on ne se donne pas de moyens actifs, ce n’est plus de l’Audace, mais seulement une belle idée. » Nicolas veut éveiller des rêves chez les autres, les faire sortir du quotidien en les plongeant dans un abstrait qui puisse allumer en eux des étincelles singulières. S’ouvrir aux rêves sans s’y enfermer, telle est la philosophie de vie qu’il proclame : « rester curieux, rester ouvert. » S’il se refuse à être fermé, il se veut ferme. Déterminé à aller au bout de ses desseins, il se souvient d’un conseil qu’il garde toujours dans un coin de sa tête « il faut faire confiance à ses intuitions, écouter cette petite voix intérieure qui dit oui, ça va le faire, sans qu’elle soit sans cesse parasitée par des logiques. »

Loin d’avoir craqué sa dernière allumette, notre project man ne souhaite pas envisager qu’il pourrait un jour considérer qu’il a atteint une belle réussite. « Je préfère cumuler les petites réussites… Une grande réussite, c’est trop flou. Et puis, il y a toujours une plus grande réussite à venir » Des perspectives plein la tête, Nicolas guette son prochain temps fort, l’été, dans l’expectative des festivals, et de « ce qui va en sortir ». Puisqu’il regarde si fort vers le lointain, je lui demande quel serait son projet le plus fou. « Je serais fermier, tiens, dit-il en riant avant que ses yeux ne s’éclaire d’une nouvelle idée :  ou alors je constituerais un grand centre d’expérimentation architecturale sur un immense terrain perdu au milieu de nulle part. » Nous lui souhaitons de réaliser cet ultime rêve… Mais serait-il seulement ultime, ou ne serait-il encore qu’un nouveau départ ? A suivre !