The Greener Good, en vert et pour tout

Comment se sont-elles rencontrées? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appellent-elles ? Patience, lecteur, j’y viens. D’où viennent-elles ? De la volonté et du doute. Où vont-elles ? Tout ce que les règles fondamentales du suspense me permettent d’en dire pour le moment, c’est qu’elles ont pris place à bord du même train d’exposition. C’est un coquet attelage d’un vert vif, qui sillonne les rues de Lyon et s’arrête ici et là pour laisser monter les curieux. Et quelle organisation ! Dans chacun de ses wagons, rien de vague, on y passe de thèmes en thématiques, de maquillage en mode éthique, de jardinage en déchets sans plastique ! Et sur le flanc de verdure de cette machine à inverser la vapeur, un nom se détache comme un appel à ce que le vert dure : The Greener Good.

Tout est parti d’une rencontre, celle entre Clémentine et Louis, et d’une volonté de tisser des liens : « L’objectif, initialement, c’était de rassembler des gens qui parlaient sur le web : blogueurs, youtubeurs… ». Le dénominateur commun ? Une cause partagée, celle d’agir à son échelle et avec ses moyens pour adopter un mode de vie plus vert. En juin 2016, les machinistes se lancent à la conquête des rails : l’association est créée. Leur première étape est en octobre, date à laquelle le Greener Good s’arrête à la Cordée Jean Macé pour enchaîner les conférences et les ateliers. Et le convoi s’agrandit déjà ! Parmi les visiteurs se trouve Anne, qui décide tout de suite de rejoindre l’aventure : « j’ai trouvé que c’était une initiative tellement belle et inspirante que j’ai décidé de participer ». The Greener Good repart donc avec un équipage plus nombreux, et continue sa route assez longtemps pour se préparer au prochain arrêt : le festival Everyday Heroes, qui rassemble encore plus de participants et se tient à Paris en juillet 2017, à l’issue d’une collecte de fonds. L’arrêt se répète ensuite le 7 octobre à Lyon, et plus précisément au Chateau Montchat : pour Clémentine, « c’était une nouvelle étape, avec beaucoup plus de choses et dans un lieu beaucoup plus grand ! » Car en effet, l’expédition s’est enrichie entre temps d’un wagon supplémentaire : avec l’arrivée de Laure, aujourd’hui en service civique, la mode éthique s’invite dans la clique, et ça claque ! Depuis, de nouvelles recrues sont venues grossir les rangs de nos machinistes, parmi lesquelles se trouve Elodie, qui a rejoint la troupe il y a quelques semaines. Le train dessert de plus en plus de gares et s’arrête désormais chaque mois pour un apéro thématique : opératoire et ludique !

« Le cœur de l’association, c’est de créer des événements qui rassemblent », nous explique Clémentine. Et la complicité entre nos quatre Audacieuses pourrait en être la première preuve ! Voici d’abord Clémentine, à qui l’on peut bien pardonner de venir de Marseille lorsqu’elle nous parle de sa découverte de Lyon : « j’ai passé un week-end ici et je me suis dit : « je veux habiter là ! » ». Nulle surprise que le Greener Good vogue si bien sur les rails puisqu’elle s’occupe, en dehors de l’association, de s’assurer que les tramways en fassent de même… Pour Elodie, The Greener Good est à la fois le résultat de son goût pour l’associatif en général, et une véritable chance après des études en développement pharmaceutique et nutritionnel sans la spécialisation en écologie qu’elle aurait voulue : « c‘était une petite porte ouverte, parce que sans formation dans l’environnement, c’est compliqué de trouver un métier là-dedans », nous explique-t-elle. Comme Clémentine, Anne est « tombée amoureuse de Lyon », après avoir vadrouillé entre le Sud-Ouest et la capitale. Pour elle, l’engagement est devenu une occupation à plein temps : en tant que naturopathe, elle aide ceux qui le souhaitent à changer leur mode de vie, sans que leur alimentation en reste au riz nature, aux pâtes… L’histoire de Laure, c’est celle d’un coup d’audace. Après des études en couture et une spécialisation en mode éthique, cette lyonnaise d’origine n’hésite pas à se jeter à l’eau lorsque Clémentine lui tend la perche : « Quand elle m’a proposé le service civique, j’ai accepté, quitté mon boulot et lancé ma marque. Et j’ai déménagé ! », ajoute-t-elle en riant.

Car un projet ne va jamais sans un autre pour nos Audacieuses, et avant de changer la mode, il s’est agi pour Laure de changer son mode de vie. Ni cataclysme, ni conversion brutale, mais une rencontre, celle d’une créatrice à Barcelone qui a su semer pour que ce soit Laure qui récolte : « ça m’a mis une petite graine, j’y ai réfléchi, et petit à petit j’ai décidé de passer au vert ». Sur la route qui mène vers une vie plus verte, les ralentisseurs ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attend : Anne nous raconte ainsi que ses parents « étaient un peu opposés au mot  »écolo » parce que pour eux, ça renvoie à quelque chose de trop militant, aux gens qui cassent les Mcdos ». Mais qui est donc ce contre-modèle, cet écolo qui colonise nos représentations et colmate la brèche dans l’école de la consommation ? Pour Anne, le mauvais spectre qui plane sur l’image du militant, c’est plutôt « le hippie », et pour Elodie le « bobo parisien » ; Clémentine nous avoue que pour elle aussi les clichés ont joué, et nous explique que « l’asso m’a permis de faire une sorte de coming-out ». Faut-il s’étonner que ce qui se rencontre dans chacune de leurs histoires se retrouve dans celle de Greener Good ? C’est bien de la volonté de rompre avec ces images négatives que naît la vitalité du groupe : « on amène un peu plus de fun, on ne cherche pas à faire culpabiliser », insiste Laure. Et Clémentine de renchérir : « on ne va pas dire que le monde va bien non plus, mais on essaie d’agir à notre échelle. Autant le faire avec bonne humeur ! ». Car même si « changer son mode de vie c’est indispensable », il reste la certitude encourageante et semée à pleines brassées par nos Audacieuses que « l’écologie… c’est génial ! »

Aujourd’hui, quelque temps après notre rencontre, le train a repris sa route ; dans un mois, il s’arrêtera à nouveau pour l’édition 2018 du festival Everyday Heroes, dont on espère qu’il réunira d’autant plus de semeurs d’idées que se multiplient les esprits fertiles. Mais prudence ! Car il est un risque dont nos machinistes n’ignorent pas la menace : « j’espère que l’asso aura réussi à avoir une influence de plus en plus grande… mais en gardant le côté humain », nous confie Anne. Et Clémentine va plus loin encore : le Greener Good sera la preuve que l’on peut grandir tout en gardant une dimension humaine et locale. Quelque part, dans les rues de Lyon, un train passe, chargé de wagons et d’espoirs tenaces…