Osez demander

Il y a des moments où l’on sait que notre vie va basculer, qu’il s’agisse de pressentiments ou de projets. Sans trop savoir pourquoi, vous vous retenez de faire quelque chose ou, au contraire, vous foncez !

Eh bien, cet été-là, ce n’était pas mon cas. Malgré mon penchant habituel pour les extrêmes, cette fois je n’avais ni mûrement réfléchi la question, ni agi par impulsion… En pratique, ça donne quelque chose comme « tiens, est-ce que ce serait cool ? » Le genre de question qu’on se pose avant de manger une glace, d’aller à une soirée, peut-être même avant de s’inscrire dans une université ou de postuler à un taf.

Et pourtant, en me disant que oui, ce serait cool, je venais de faire prendre à ma petite existence un tournant magistral, un de ces bouleversements qu’on ne pense trouver que dans les livres avant de les avoir vécus.

Ce qui était alors en jeu ? À première vue, sans doute pas grand-chose, rien d’exceptionnel en tout cas : une personne pour qui on ne sait pas vraiment ce qu’on éprouve et les vacances d’été, propices aux découvertes. Accepterait-elle de venir passer une semaine avec moi en Italie, dans ma famille ?

Derrière cette invitation, il y avait l’idée que notre relation se trouverait forcément changée par le voyage, sauf qu’à ce moment-là, le trajet aller-retour d’environ quarante heures côte à côte, les nuits dans le même lit, les nouvelles découvertes faites ensemble me paraissaient être soit de l’ordre du détail, soit quelque chose du fameux « cool ». J’avais comme occulté tous ces aspects qui auraient été autant de craintes ; peut-être par mégarde, peut-être par refus de passer des vacances ennuyantes, qui le saura ?

Alors, le lecteur choisira : entre moi, qui ai demandé à la personne que j’admirais le plus dans tout le lycée de passer des vacances ensemble, et elle, qui a accepté une telle proposition en étant pleinement consciente (et effrayée) que le séjour aurait de lourdes conséquences, qui de nous deux a eu le plus d’audace ?

La seule certitude, c’est qu’après avoir osé demander et osé accepter, voici que nous avons l’audace d’être ensemble depuis deux ans.