Osez l’imprévu !

Métro, boulot, dodo.

Notre vie urbaine est rythmée, calibrée, engoncée dans une routine implacable. Les horaires sont les mêmes et se ressemblent tous : c’est le miracle de la modernité. Chaque matin en me levant, même plus besoin de rêver au beau temps, mon téléphone a tranché : il pleuvra. Aujourd’hui, restez à la maison Matthieu, me dit-il.

A quoi bon ? Je serai de toute façon en retard, serré contre mes semblables à l’œil morne, dans la chaleur moite d’un transport en commun quelconque. Et ensuite ? Assis dans un amphi, étudiant parmi les étudiants, je me transformerai en une énième machine à écrire. Consciencieux, je noterai chaque mot articulé par le centaure mi-homme mi-bureau qui domine notre assemblée. Etoile inaccessible aux vers de terre que nous sommes, rien ne dépasse de son costume gris clair. Finalement, à la nuit tombée, je ferai le chemin inverse. Mes écouteurs déversant une musique standardisée qui m’empêche de penser, de penser qu’une journée de plus vient de passer.

Et si un matin, en me levant, je décidais de rêver au beau temps ? Et si un matin en me levant, je sortais de mon carcan ? Oui, c’est décidé, je vais oser ! Oser l’inconnu, oser l’impromptu, oser le jamais-vu : oser l’imprévu ! C’est ce grain de sel de nos journées qui fait frémir les papilles de la vie. Bien sûr, je commence par petites pincées. Une goutte de sourire par ici, une pointe de bonne humeur par là, un soupçon d’émerveillement. Mais surtout je ne respecte jamais la recette que nous conseille le destin.

Un matin justement, j’ai décidé de prendre ce chemin que je n’avais jusque là jamais vu. Ce n’était pas prévu, comme ça, pour rien, juste pour le plaisir. J’ai laissé mes pieds me guider, mon esprit vagabonder. J’ai marché, marché sans même me retourner. Et quand je me suis arrêté, j’ai découvert à mes pieds une ville illuminée par le soleil qui se couchait. Sans même m’en apercevoir, j’ai contemplé du haut de ma colline la ville qui pour moi se laissait voir.

Saisir le moment présent, celui qui ne dure qu’un instant, ce n’est finalement que regarder plus loin que ses pieds. Cet imprévu est là, derrière ma porte. Bien souvent, il est trop fugitif, et je ne le vois pas passer dans son bel habit de mystères. Mais parfois, je me retrouve face à face avec ce bel imprévu au regard si profond. Et nous partons, bras dessus, bras dessous découvrir des sentiers insoupçonnés.

Et finalement, si c’était ça l’imprévu ? Un inconnu mystérieux, souvent terrifiant mais toujours étonnant, qui peut transformer nos journées en un instant.